Le feuilleton de la quatrième licence 3G n'en finit pas. Une note publiée par La Tribune révèle que Matignon souhaite qu'un quatrième opérateur mobile vienne concurrencer Orange, SFR et Bouygues Telecom, sur le marché français. Le Premier ministre souhaite attribuer des fréquences libres à ce futur opérateur, alors que les trois acteurs déjà présents voudraient se partager l'ensemble du gâteau. Free, qui a manifesté son intérêt pour la quatrième licence mobile depuis le départ, est en embuscade.
Il ne s'agit "que" de quinze mégaherz, mais ils pourraient bien transformer le marché de la téléphonie mobile en France. Les fréquences sont aussi précieuses pour les opérateurs mobiles, que les créneaux de décollage et d'atterrissage pour les compagnies aériennes : elles sont rares et surchargées dans les zones densément peuplées. Il est stratégique d'acquérir les droits d'utilisation de ces fréquences pour se développer. Orange, SFR et Bouygues Telecom militent donc ardemment pour que le gouvernement choisisse de répartir tous les mégaherz disponibles entre les opérateurs existants.
En arrière-plan, les trois géants des télécommunications pensent aussi à tout le mal que Free pourrait leur faire. En effet, l'intrépide fournisseur d'accès à Internet a déjà modelé le marché du haut débit à sa façon, dopant la concurrence et innovant à tour de bras. La box, Free l'a inventée, de même que le triple play : un forfait incluant l'accès Internet, la téléphonie et la télévision, le tout pour trente euros par mois. Sans Free, tous les experts s'accordent pour dire que le marché français du haut débit aurait un autre visage, probablement plus cher et moins innovant.
Le lancement de l'appel de candidature dès décembre ?
Sur le marché de la téléphonie, Free pourrait faire de même : proposer un forfait tout compris, et moins cher. Xavier Niel, cofondateur de Free, l'avait d'ailleurs révélé au Point.fr lors d'une interview : "Nous pourrions réduire de mille euros par an la facture d'un foyer ayant trois forfaits. Cela revient à diviser par deux la facture de téléphonie mobile", avait-il déclaré, précisant que Free aurait "recours à des forfaits illimités". "Aujourd'hui, il n'y a pas de concurrence, et les opérateurs mobiles maintiennent délibérément des prix très élevés", avait précisé le dirigeant de Free. Viviane Reding, commissaire européenne chargée de la société de l'information et des médias avait, elle aussi, dénoncé le manque de concurrence sur le marché mobile français.
L'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) soutient vigoureusement l'arrivée d'un nouvel opérateur mobile en France. Mais l'Arcep doit changer de président en janvier prochain, et son successeur sera nommé par le président de la république Nicolas Sarkozy, qui n'est pas favorable à l'hypothèse d'un nouvel entrant. C'est pourquoi Matignon préconise dans sa note le lancement d'un appel à candidature dès décembre prochain. Une solution divisant les fréquences, donc permettant à la fois l'arrivée d'un nouvel opérateur et le développement des trois acteurs déjà présents, semble être privilégiée par le Premier ministre. Elle satisferait pleinement Free qui n'a, de toute façon, pas les moyens de payer l'ensemble des fréquences, mais elle condamnerait Orange, SFR et Bouygues Telecom à subir une concurrence réelle sur le marché de la téléphonie mobile.