Bientôt, même les trajets en train ne seront plus l’occasion d’un répit : "Nos clients veulent rester branchés en permanence", argue Mireille Faugère, directrice SNCF Voyageurs France Europe. Comprendre : rester connectés. Développement des téléphones portables multimédias, déploiement du réseau Wi-Fi, augmentation des ventes d’ordinateurs : la consommation Internet tend à toujours plus de mobilité. Ajoutez à cela une société dans laquelle un temps libre est un temps mort, et l’on comprend pourquoi la SNCF a investi 20 millions d’euros pour amorcer l’équipement Internet des lignes TGV. L’ambition est d’offrir une connexion haut débit via satellite et relais Wi-Fi au sol, sans interruption tout au long du voyage, ainsi qu’un nouveau portail de services. L’enjeu est aussi de se préparer à l’ouverture du marché et à l’arrivée de compagnies de chemins de fer concurrentes en 2010.
Déployé ce matin sur une rame du TGV Est, puis en janvier sur deux autres rames internationales à destination de l’Allemagne, du Luxembourg et de la Suisse, le nouveau service sera en phase test jusqu’au mois de mars pour éprouver la technique choisie. "Sans solution technique fiable, le service ne peut exister. La performance des systèmes est la condition majeure pour assurer la qualité du service aux clients. Nous ne voulons pas décevoir ! La technologie représente donc, en cela, un réel verrou", analyse Mireille Faugère.
Sur la qualité des solutions techniques retenues, la SNCF est confiante. Il s’agit d’une nouvelle antenne spécialement conçue par Eutelsat pour fonctionner dans des conditions extrêmes. "Performante, elle permet d’assurer, de manière fiable, la transmission des données jusqu’à 320 km/h, ce qui constitue une première mondiale en environnement ferroviaire", souligne la SNCF. Pour les zones ne pouvant être couvertes par satellite - gares, tunnels, sorties de zones urbaines, tranchées... - la SNCF a fait appel à Orange Business Services qui a déployé des réseaux Wi-Fi.
Mais au-delà d’éventuels écueils technologiques, la phase de test servira aussi à éprouver l’accueil des voyageurs. Pour les séduire, la SNCF parie sur l’attractivité des contenus du portail multimédias : géolocalisation, actualités - en partenariat avec l’AFP, des médias britanniques et allemands - magazines, vidéos... Autant de contenus qui seront réactualisés régulièrement.
Si la phase de test est concluante, le déploiement continuera d’abord sur la ligne TGV Est, puis sur l’ensemble du réseau SNCF. "Il faudra alors s’assurer que l’antenne satellite fonctionnera sur les trains à deux niveaux, qui constituent l’essentiel de notre parc". Au vu de la somme investie, l’enjeu est de taille. "Le projet n’a pas été évident à faire adopter en conseil d’administration", admet Mireille Faugère. D’autant que la question, essentielle, du modèle économique n’a pas encore trouvé de réponse. Comment rentabiliser l’investissement de départ, et ceux à venir ? A priori, la SNCF ne se dirigerait pas vers une augmentation globale des tarifs des billets, seuls les voyageurs munis d’un ordinateur et désirant accéder au service devront payer. A priori.