L'opérateur mobile américain Verizon a remporté aux enchères un lot de fréquences convoité par Google. Mais ce dernier est loin d'avoir tout perdu.
La situation paraît impensable vue de France, où l'emprise des opérateurs mobiles est pourtant régulièrement critiquée. Aux Etats-Unis, il est généralement impossible d’utiliser un téléphone portable et des services mobiles qui n’ont pas été approuvés par les opérateurs. Ces contraintes sont en passe d'’être levées, grâce à Google.
Jeudi soir, le gendarme américain des télécoms, la FCC, a publié la liste des gagnants des fréquences libérées par le passage des télévisions de l’analogique au numérique. Grand vainqueur, Verizon, qui a proposé 4,74 milliards de dollars pour le « bloc C ». Egalement candidat à ces fréquences qui couvrent l’ensemble des Etats-Unis, Google a été battu.
Or, c’est peut-être ce qu’il cherchait. Depuis que le groupe internet a manifesté son intérêt pour ces fréquences, les observateurs ont régulièrement mis en doute ses intentions. En juillet, le PDG Eric Schmidt avait en effet indiqué au régulateur qu’il participerait à l’enchère moyennant l’ouverture de ces fréquences à tous les téléphones et tous les services, « quel que soit le vainqueur ».
Google impose ses conditions
Quatre conditions ont alors été posées, dont deux finalement acceptées par la FCC. Google, qui a bel et bien pris part à l’enchère en échange d'une promesse d'ouverture, a proposé 4,713 milliards, une offre à peine supérieure au prix de réserve de 4,6 milliards de dollars, et inférieure de seulement 27 millions à celle de Verizon. Les deux groupes se sont-ils entendus ? Rien ne le prouve.
« Google est un perdant heureux », estime en tout cas Blair Levin, analyste chez Stifel Nicolaus. Car bientôt, tous les mobiles pourront fonctionner sur les nouvelles fréquences libérées par les télévisions. Et notamment les futurs mobiles fonctionnant sur la plate-forme Android, conçue par… Google. Sous pression, AT&T avait déjà décidé, avant Verizon, d’ouvrir son réseau aux autres mobiles et services.
Un manque de concurrence
Or, ces fréquences devraient principalement être utilisées pour doper aux Etats-Unis l’accès à l’internet mobile, pour lequel Google nourrit d'importantes ambitions. Les fréquences de la bande des 700 MHz ont en effet une très large portée et pénètrent bien dans les murs. D'ailleurs, des fréquences « en or » de ce type sont aussi disputées en France par les opérateurs télécom, les chaînes de télévision et les fournisseurs d’accès à internet.
L’appel d’offres de la FCC n’aura cependant pas permis de renforcer la concurrence parmi les opérateurs américains. A eux deux, Verizon et AT&T ont offert plus de 16 milliards de dollars, soit environ 80% des 19,5 milliards de dollars récoltés par le gouvernement.