Sous des noms divers, l'arnaque aux annuaires refait régulièrement surface. Un agriculteur aubois vient de l'éviter de justesse et témoigne pour appeler à la vigilance.
Le 11 septembre dernier, Didier, un agriculteur installé dans la région de Chavanges reçoit entre autres télécopies, un vague formulaire intitulé « Inter 118 Télecom » proposant une annonce dans un annuaire. Didier le laisse de côté, mais le même jour, il est relancé par téléphone : « On m'a expliqué qu'il s'agissait juste de renouveler la parution de notre EARL dans les Pages jaunes de l'annuaire et que c'était pressé. »
Didier parcourt des yeux la télécopie en question et demande ce qu'il en est des 826 € évoqués dans le formulaire : « On m'a affirmé que ce tarif ne s'appliquait qu'aux clients demandant des logos et que la publication des coordonnées était gratuite. Pour la durée de l'abonnement, on m'a incité à cocher la case trente-six mois en m'indiquant : Comme ça, vous serez tranquille ! » Didier, comme sa correspondante le lui avait demandé, a aussitôt retourné la photocopie dûment datée et signée. Et est passé à autre chose.
Mais la pompe était amorcée. Le 28 octobre, coup de téléphone : « Un avocat me menaçait d'assignation en justice pour non-respect du contrat avec la société Inter 118. Il m'annonçait être chargé du recouvrement de trente-six mensualités de 826 €, soit 29 736 €, et puis, ça a coupé », se souvient-il. Abasourdi, Didier lit en entier la fameuse télécopie… Le document, en dépit de l'intitulé prêtant volontairement à confusion, n'a rien à voir avec les Pages jaunes du bon vieil annuaire de France Télecom. En minuscules caractères, il est fait référence au « Cabinet pro net 118 » basé à La Jonquera Girona, en Espagne, et à un emplacement bel et bien payant sur un site internet « www. cab. 118 ».
Pressions et menaces
« Pendant quelques minutes, j'ai vraiment paniqué », confie Didier. Le prétendu avocat a alors rappelé, proposant un compromis. Un plan B aux allures de véritable
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tour de passe-passe, confus dans la forme comme sur le fond, émanant d'un cabinet d'avocats internationaux, lui aussi prétendument installé à Madrid. Me Paul Vinci suggérait à Didier de casser le contrat s'il payait « seulement » douze mensualités, soit 9 912 €, dont il serait remboursé sous huitaine, via une assurance. Une close impérative conditionnait ce plan B : qu'un virement bancaire de 9 912 € soit effectué le jour même en Espagne, avant 17 h.
« Dans un premier temps, j'étais tellement paniqué que la proposition paraissait presque alléchante », confie-t-il. Mais remis du coup de massue et ayant repris son souffle, Didier a reniflé le coup tordu. Il a mené une brève enquête sur internet pour y constater l'absence tant de « www.cab.118 », que de « Pro net 118 ». En revanche, il est tombé sur le site de l'association Nage qui regroupe les victimes des arnaques aux annuaires. Quoique harcelé au téléphone par les pressions et les menaces jusqu'à 17 h, Didier n'a pas donné suite et au contraire, a déposé plainte pour escroquerie.
« Cet agriculteur a eu le bon réflexe de ne rien payer car en Champagne-Ardenne, nous avons beaucoup de victimes qui ont mal versé des sommes importantes », commente Éric Claveau président fondateur du Nage (Non à l'Arnaque du Guide européen) avant de souligner : « Ces escrocs visent principalement les agriculteurs et les artisans, c'est-à-dire des professionnels qui n'ont pas beaucoup de temps à consacrer aux papiers et qui n'y connaissent rien en droit. Il faut surtout ne rien payer quelles que soient les menaces ou les pressions. Leurs prétendus contrats ne valent rien et le fait qu'un avocat cherche à recouvrer de l'argent par téléphone, c'est le premier indice de l'arnaque. »