Elle grimpe sur une arête comme un fil tendu, où le vent a des odeurs d’ardoise et de résine. Là-haut, les marmottes sifflent, la poussière flotte et la ligne d’horizon paraît sans fin. On croit connaître les Alpes, et pourtant une piste, discrète et ancienne, ridiculise nos certitudes.
Où se cache cette merveille
C’est la Strada dell’Assietta, une route de crête italienne, entre le Piémont sauvage et les frontières françaises. Elle relie Sestriere à Pian dell’Alpe, effleure des cols au-dessus de 2 400 m, et s’enroule sur des bastions herbeux où l’histoire a laissé des redoutes.
Un ruban de terre au-dessus des vallées
Ici, pas d’asphalte vaniteux, mais un ruban de gravette qui danse avec la lumière. La montagne y paraît proche, le ciel presque tangible. À chaque virage, un balcon sur le Val de Suse ou le Val Chisone, des crêtes découpées et des lacs minuscules, bleus comme des émaux.
Un secret plus fort que les classiques
Le célèbre col voisin attire les foules, mais l’Assietta offre une intimité rare. On roule sur la ligne même du relief, avec ce sentiment ivresse de dominer le vide sans le braver. “Ici, la montagne te chuchote avant de te parler”, glisse un cycliste croisé, encore couvert de poussière et de sourire.
Un passé militaire qui sculpte le paysage
Née pour la défense, la piste suit des redoutes du XVIIIe siècle, se hisse sur des ancres de schiste, file de col en col — Basset, Bourget, Blegier, Lauson, Assietta. Les forts en ruine veillent comme des chiens de pierre, et l’on entend presque la cavalerie du temps.
Accès et portes d’entrée
On atteint la crête depuis Sestriere par le col Basset, ou depuis Pian dell’Alpe au-dessus d’Usseaux, par une piste qui grimpe doucement vers la lumière. Depuis la France, on glisse par Montgenèvre et on bascule côté italien en quelques virages. Rien de secret, tout de discret.
Quand y aller, comment la parcourir
La saison est brève: grosso modo de fin juin à septembre, selon l’enneigement et l’entretien. Après de fortes pluies, la piste peut être fragile et parfois fermée par précaution. La circulation motorisée est réglementée, avec des jours d’été où la piste se réserve aux vélos et aux marcheurs; renseignez-vous localement, car les règles évoluent et varient selon les périodes.
Sensations garanties, mais sans forcer
La beauté vient de la lenteur: 20 à 30 km/h suffisent pour tout voir, tout respirer. À VTT, en gravel ou en moto trail, on navigue au rythme des pierres et des lumières. “Ce n’est pas la vitesse qui grise, c’est le vide apprivoisé”, confie un berger, bottes mouillées et regard malin.
Ce qu’il faut absolument prévoir
- De l’eau en quantité, une couche coupe-vent, pneus robustes bien gonflés, carte hors-ligne ou trace GPS, et un respect scrupuleux des panneaux et des bergers.
Petits rituels qui changent tout
Partez tôt, quand l’air est encore bleu et que le soleil léche les alpages. Coupez le moteur ou posez le vélo parfois, et laissez votre respiration reprendre sa place. Évitez les cordes de motos groupées: la poussière vole, la faune fuit, et votre propre souvenir s’éteint.
Itinéraire suggéré en une journée
Montez depuis Sestriere au col Basset quand l’ombre est encore fraîche, filez vers le col de l’Assietta, marquez une pause près d’une redoute moussue, puis redescendez vers Pian dell’Alpe pour un casse-croûte sur l’herbe râpeuse. Remontez par la même lame ou bouclez par des routes secondaires qui sentent le foin et la résine.
Respecter le lieu, agrandir l’expérience
Restez sur la piste, gardez vos déchets en poche, saluez les pâtres et laissez la barrière telle que vous l’avez trouvée. Les vaches ont la priorité, les marmottes aussi, et votre plaisir grandit quand le lieu reste serein.
Pourquoi elle s’imprime dans la mémoire
Parce qu’ici la montagne est présente sans être tapageuse, parce que le vide est beau sans être menaçant, parce que le souffle est court mais l’esprit se dilate. On repart avec des pierres dans les pneus, de la lumière dans la tête, et ce sentiment rare d’avoir frôlé une route qui ne cherche pas la gloire, seulement la justesse des hauteurs.