« J’ai possédé la toute première Mustang » : l’incroyable histoire de Stanley Tucker et de l’offre impossible à refuser

Imaginez : vous entrez dans une concession Ford, le printemps bourgeonne… et vous repartez au volant de la voiture qui allait changer l’Amérique, alors même qu’elle n’aurait jamais dû quitter la salle d’exposition. C’est exactement l’incroyable aventure qu’a vécue Stanley Tucker, modeste pilote devenu, presque par accident, une légende de l’histoire automobile. Retour sur son histoire qui a commencé derrière le volant de la toute première Mustang.

Un coup de foudre mécanique improbable

En avril 1964, Ford s’apprête à inonder le marché américain avec la Mustang, ce pur-sang stylé destiné à séduire une nouvelle génération d’automobilistes. Partout aux États-Unis et au Canada, les showrooms se parent de ces inédits bolides. Mais à St. John’s, Terre-Neuve, l’exemplaire trônant dans la vitrine n’est pas tout à fait comme les autres : il fait partie d’une série de seulement 180 voitures pré-production, destinées à rester exposées, jamais vendues.

Mais c’était sans compter sur Stanley Tucker. Âgé de 33 ans, pilote chez Eastern Provincial Airways, il repère la Mustang exposée et tombe instantanément sous le charme. Trois jours avant le lancement officiel du modèle, le 14 avril, il convainc – ou plutôt amadoue – le vendeur de lui céder ce bijou, sortant son carnet de chèques pour sceller ce qui deviendra une transaction historique. C’est ainsi que Tucker s’élance sur les routes au volant de la Mustang à numéro de série Un.

Du rêve à la réalité : le seul cavalier de Terre-Neuve

Pendant un temps, Tucker profite pleinement de sa précieuse monture automobile. Il n’est pas seulement propriétaire d’une Mustang ; il est LE Mustangien de l’île ! Plus tard, il confiera même : « Pendant longtemps, j’étais le seul à conduire une Mustang à Terre-Neuve. » Et tous les curieux s’arrêtent, clignotent ou l’abordent, visiblement intrigués :

  • Qu’est-ce que c’est comme voiture ?
  • Qui la fabrique ?
  • Combien ça coûte ?

On imagine aisément la scène : Tucker, assailli de questions, flatté, mais aussi bien amusé d’être la coqueluche mécanique locale.

Quand Ford frappe à la portière : l’offre impossible à refuser

Dans le Michigan, chez Ford, ce feuilleton laisse un goût amer : la toute première Mustang, morceau d’histoire sur quatre roues, roule… au Canada ! Rapidement, les représentants essaient de la racheter à Tucker, mais celui-ci refuse net. Pourquoi abandonnerait-il cette expérience unique ?

Mais Ford n’abandonne pas. Voilà qu’en hiver 1965, alors que la Mustang de Tucker affiche 10 000 miles au compteur, une proposition survient, du genre qui ne se refuse pas. Ford lui offre :

  • Une Mustang flambant neuve, modèle 1966
  • Toutes les options possibles (oui, toutes, sans exception)
  • S’il restitue la Mustang numéro Un

La tentation est trop forte. Tucker accepte, choisit une Mustang cabriolet Silver Frost, bardée d’options de luxe et même, détail délicieux, une télévision dans le tableau de bord ! Autre clin d’œil de l’histoire : il ne reçoit pas une Mustang ordinaire, mais… la millionième jamais produite.

Quant à l’exemplaire original, il rejoint prudemment Dearborn et trouve sa place définitive au musée Henry Ford, sanctuaire des grandes icônes automobiles.

Une histoire d’icônes et de regrets tenaces

Stanley Tucker roulera fièrement des années durant dans sa Mustang 1966 unique. Pourtant, il confiera plus tard quelques remords : abandonner « sa » numéro Un lui a parfois pesé. Mais il sait aussi que ce modèle devait finir au musée – symbole d’un véhicule qui a marqué un tournant mondial.

Aujourd’hui, la Ford Mustang s’est imposée avec plus de dix millions d’exemplaires produits. Mais une seule personne peut prétendre l’avoir possédée en premier… et l’avoir cédée pour la millionième. Tucker n’a pas avalé les kilomètres à la façon d’un Irv Gordon avec son fameux record sur Volvo. Non, pas de marathon mécanique ; simplement la décision d’acheter le bon exemplaire, au bon moment, en faisant sans le vouloir le saut dans la légende automobile.

Finalement, qui a besoin de records d’endurance ? Posséder la Mustang n°1, puis la n°1 000 000 – c’est peut-être ça, la véritable exclusivité. Comme quoi, parfois, une petite impulsion (et un carnet de chèques bien rempli) peut vous faire entrer dans l’histoire !